„Kaboum !“ a dit le volcan...

Samedi, 17 avril 2010


Puisque l'Eyjafjallajökull nous empêche Mo, Fashion, Karine, Caroline, Stéphanie et moi de nous retrouver à Berlin pour un week-end de folie hautement culturelle, j'ai trouvé qu'une petite bibliographie volcanique était de rigueur. Et la liste est ouverte aux suggestions donc n'hésitez pas à en faire ;-) :

Romans:

Edward Bulwer-Lytton The Last Days of Pompeii (1834)
Shusaku Endô Kazan (Volcano) (1960)
Robert Harris Pompeii (2003)
Malcolm Lowry Under the Volcano (1947)
Maja Lundgren Pompeji (2001), disponible en français chez Actes Sud
Susan Sontag The Volcano Lover (1992)
Jules Verne Voyage au centre de la terre (1864/1867), Le Volcan d'or (1899)


BD:

Hergé Vol 714 pour Sydney (Les Aventures de Tintin et Milou t. 22)
Roger Leloup La Forge de Vulcain (Yoko Tsuno t. 3), Le Matin du monde (Yoko Tsuno t. 17)
Hugo Pratt (Corto Maltese t. 12)


De tout cela j'ai lu le Tintin, bien sûr, les deux Yoko Tsuno (Le Matin du monde est l'un des meilleurs albums de la série), le Corto Maltese (très onirique !) ainsi que le roman de Maja Lundgren, dans lequel on apprend que le Vésuve et le Krakatoa ont un jour été amants et que les tigres peuvent communiquer avec les volcans...

Update : Et une addition hautement scientifique et en images proposée par Caroline :-) :



Minéralogie des volcans, ou Description de toutes les substances produites ou rejetées par les feux souterrains. Par M. Faujas de Saint-Fond. Paris, 1784. Ce texte est même disponible en ligne ici.




Tu se' morta, mia vita, ed io respiro?

Vendredi, 25 janvier 2008


Comme vous l'avez sûrement remarqué, chers lecteurs, mon rythme d'écriture (et de lecture) est complètement perturbé ces temps-ci, ce qui me frustre au plus haut point. Cette débacle rédactionnelle est due, entre autres, à un emploi du temps universitaire plus chargé et à la préparation de plusieurs projets – dont mon fameux stage en Suède. J'ai ainsi pris part à un séminaire sur le livret d'opéra qui s'est étalé sur deux week-ends – le deuxième étant en prime couplé à une excursion – et qui, bien que s'étant déroulé dans une ambiance fort sympathique, a accaparé une bonne partie de mon temps et de mon énergie. Pourquoi vous racontai-je cela, vous demandez-vous peut-être ? Et bien parce que, par le plus grand des hasards, ce séminaire m'a amené à faire un exposé sur L'Orfeo de Monteverdi (1567-1643) et à aller en voir une mise en scène à Erfurt que Mo, qui, jusqu'il y a peu, résidait dans cette superbe ville, a aussi vue. Comme elle m'avait demandé de lui faire part de mes impressions sur cet opéra et qu'en plus j'ai plein de choses à en dire, je ne pouvais résister à la tentation d'écrire un billet à ce sujet.

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout l'oeuvre, voici quelques points de repère :
L'Orfeo date de 1607 et est considéré par certains musicologues comme le premier opéra, par d'autres plutôt comme un drame musical. N'étant pas moi-même musicologue, je n'ai pas l'intention de contribuer ici à ce débat et me contenterai, pour des raisons pratiques, de coller à cette oeuvre de transition entre fin Renaissance et début Baroque l'étiquette d'opéra.

Le sujet de cette oeuvre est le mythe d'Orphée – dont il convient de rappeler qu'il existe plusieurs versions – tel qu'il fut adapté par le librettiste Alessandro Striggio le jeune (1573-1630). Après une longue attente accompagnée d'un profond désespoir, Orphée épouse enfin Eurydice mais ce bonheur ne sera que de courte durée, celle-ci succombant bientôt à la morsure d'un serpent. Accablé de douleur mais néanmoins soutenu par une allégorie féminine de l'Espérance, Orphée décide de descendre aux Enfers pour y réclamer sa bien-aimée. Là, il doit d'abord faire face à Charon, le passeur d'âmes, qu'il réussit à endormir grâce à son chant, puis à Proserpine et Pluton. Proserpine, émue par son chagrin intervient en sa faveur auprès de son époux et obtient la libération d'Eurydice. Pluton y met cependant une condition : Orphée ne pourra contempler sa femme qu'une fois revenu à la surface, sous peine de la perdre définitivement s'il se retourne avant. Arrive ce qui doit arriver, Orphée se retourne et Eurydice ne peut quitter les Enfers. De retour au monde, Orphée se lamente sur son sort et jure de se tenir à l'écart des femmes, toutes si fières et vaines – sauf, bien sûr, Eurydice. Apollon, son père, descend alors du ciel pour le persuader de renoncer à ses tourments terrestres et de le suivre, lui promettant qu'Eurydice et lui seront enfin réunis parmi les étoiles.

Les aspects novateurs et importants de cette version du mythe sont l'introduction de l'histoire par une allégorie féminine de la Musique, la présence de l'Espérance en tant que personnage, l'absence de proclamation par Orphée de l'homosexualité comme seul style de vie acceptable – si l'on compare cette version à celle d'Ovide – ainsi que la fin sereine, aussi appelée lieto fine, sans bacchantes pour déchiqueter le héros.

Pour mon exposé, j'avais analysé la représentation des sexes dans le livret en insistant particulièrement sur les rapports étroits entre sexualité/érotisme, pouvoir et rhétorique ainsi que sur l'attitude des personnages féminins et masculins lors des passages d'un lieu à un autre et quelle ne fut pas ma joie de constater que l'interprétation proposée à Erfurt confirmait mes thèses (je ne rentre pas dans les détails, vous me prenez déjà tous suffisamment pour une cinglée ;-)). Autant le dire tout de suite, si la scénographie m'a éblouie et certains aspects de l'orchestration séduite, l'interprétation dans son ensemble ne m'a pas forcément emballée. Le principal problème de cette interprétation réside pour moi dans le fait que les chanteurs et les musiciens étaient très clairement plus habitués à un répertoire classique et romantique que renaissance et baroque. Hors, il s'agit là de mondes musicaux totalement différents et, même si la plupart des chanteurs – à l'exception de celui qui jouait l'un des bergers et Apollon, qui était une vraie catastrophe et ce de l'avis de tous – ont fait un net effort pour éviter de tomber dans le trop lyrique et si certains, comme l'interprète de Proserpine, étaient très bons, elle ne faisait pas le poids par rapport à une version de spécialistes comme celle à laquelle je suis habituée (direction Gabriel Garrido, Victor Torres dans le rôle d'Orphée, enregistrement de 1996, superbe). L'orchestration très libre, faisant appel à certains instruments de prime abord incongrus pour une oeuvre de cette époque (célesta, clarinette, batterie...), était quand à elle très intéressante, même si le jeu était de qualité assez inégale : les trompettes avaient un peu de mal, le célesta, la harpe et les flûtes à bec, par contre, étaient magnifiquement joués.

Si la mise en scène ne m'a pas laissé un souvenir impérissable – je trouve surtout très dommage la tentative de provoquer une portion supplémentaire de compassion pour Orphée chez le spectateur en le faisant se rouler sur le sol et gémir comme un gosse toutes les 30 secondes, ce n'était vraiment pas nécessaire – la scénographie m'a d'autant plus impressionnée. Il faut dire que le Théâtre d'Erfurt dispose d'une scène très spéciale, assez étroite mais profonde et surtout à deux étages, un peu comme un ascenseur (sauf que ce sont ici les étages qui se meuvent et non l'ascenceur/la salle). Ainsi le premier étage représentant le monde des bergers disparaît-il lentement vers le plafond apparent de la salle (construction futuriste en cône tronqué posé sur la tête) pour laisser la place aux Enfers. Cette particularité technique offre quantité de possibilités au metteur en scène et au scénographe, qui en ont ici judicieusement profité pour créer une représentation des Enfers radicalement opposée à celle du monde des bergers. En effet, tandis que ce dernier constitue un espace très aéré et clair – lumière blanche à jaune, panneaux de tissu et de grillage blancs et écrus, costumes dans les mêmes tons – mais géometrique et anguleux, la porte des Enfers consiste en un sas noir placé en haut d'un escalier central et au milieu d'une sorte de grotte en demi-cercles concentriques en (pseudo)pierre grise au rendu assez suréaliste grâce à un éclairage vert. Ajoutez à cela un peu de fumée dégoulinant le long des marches, un Charon tout de cuir noir vêtu – faisait vraiment très gothique avec son manteau style Matrix –, une Proserpine incroyablement sensuelle en robe du soir rouge cramoisi à paillettes, déambulant sur une sorte d'estrade éclairée en rouge violent et vous obtenez une scénographie à l'esthétique fantasy absolument renversante.

En conclusion, la partie visuelle de cette interprétation de L'Orfeo m'a, dans l'ensemble, beaucoup plu tandis que l'aspect musical – malgré l'originalité de l'orchestration – m'a plutôt laissée sur ma faim et parfois même agressé les oreilles (que j'ai sensibles). C'est dommage car j'adore vraiment l'oeuvre de Monteverdi. Mais, que voulez-vous chers lecteurs, comme en littérature et en art, j'ai en musique des goûts et des dégoûts très affirmés et personnels et suis donc assez difficile à satisfaire – mes parents sont musiciens et m'ont fait grandir dans un univers musical classique (au sens large) assez exigeant, ce qui, comme vous pouvez le constater, a laissé des traces ;-).

L'avis de Mo, plus enthousiaste que moi.



Enivrante délicatesse

Mardi, 28 août 2007


Tessons roses
Ornela Vorpsi
traduit de l'italien par Yann Apperry
Actes Sud, 2007
(éd. orig. 2006)
46 p.

Minuscule ouvrage que Tessons roses d'Ornela Vorpsi, mais quel joyau! Derrière une couverture aux tons nacrés gris-rose (photo de l'auteure, également photographe) se cache une quarantaine de pages de pur délice (texte et photos). Une jeune fille de 17 ans, décédée „par hasard“, nous offre 7 fragments de sa courte existence. Elle revient sur ses premières amours, ses sensations, nous livre ses réflexions sur la vie, la mort et le plaisir. Cela pourrait paraître peu mais il n'en est rien tant la langue est exquise (bravo et merci au traducteur, Yann Apperry, pour ce magnifique travail). Les phrases sont courtes et rythmées, le style est simple et raffiné à la fois, poétique. Ornela Vorpsi crée une ambiance avec trois fois rien, nous émerveille et nous enchante en quelques mots. Son propos est à la fois cru et fin, son ton toujours juste.

Elle maîtrise parfaitement la forme du fragment et révèle ici (site de la Villa Kujoyama au Japon. Cliquez sur "résidents", puis "anciens résidents", puis cherchez "Ornela Vorpsi" dans la liste) avoir une prédilection pour les formes courtes, prenant comme modèle la littérature japonaise (elle admire notamment beaucoup Mishima). Il n'est donc sans doute pas absurde de la comparer à Yoko Ogawa, les deux flirtant sans cesse avec le malaise, explorant les liens qui unissent plaisir et douleur. Tessons roses me fait également penser à Feux de Marguerite Yourcenar, tout comme Buvez du cacao Van Houten! (quel titre :), recueil de nouvelles d'Ornela Vorpsi) avait quelque chose des Nouvelles orientales.

Vert venin et Le pays où l'on ne meurt jamais, deux autres de ses livres parus chez Actes Sud, attendent sagement dans ma bibliothèque. Un jour je les dégusterai, c'est sûr, mais pas tout de suite. Je préfère prendre mon temps.


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