Nota Bene: BiLLet MULtilinGUE / mulTILINgual PoST / MEHRsprachIGER EinTRag / FlerSPRÅkigt inlÄgG



Sanningen om Sascha Knisch
Aris Fioretos
Norstedts 2002
334 s.
Sanningen om Sascha Knisch är andra delen av Aris Fioretos trilogi om kropp och vetenskap. Jag har läst den första delen, Stockholm noir, som handlade om hjärnan och spelade i Stockholm på 1920-talet, för några år sedan och tyckte att den var mycket intressant, fast inte precis lätt att läsa. Sanningen om Sascha Knisch är ännu bättre – och inte mindre krävande – och handlar, som titeln på boken redan antyder, om Sascha Knisch, en ung österrikare som jobbar som filmmaskinist i Weimarrepublikens Berlin. Och som gärna klär sig som kvinna, något han får göra endast hemligt. Därför besöker han en minette, Dora, som ska visa för honom hur man „blir“ kvinna. De blir till och med vänner men hon dör/blir mördad – man vet inte så riktigt – medan han gömmer sig halvnaken i hennes garderobe... Sen berättar Sascha om sitt och Doras liv, om allt som händer kring dem i Berlin på den tiden och har med kön som biologisk och social kategori och med sexualitet att göra. Å ena sidan finns hälsorådets Froehlich (en fiktiv version av Magnus Hirschfeld) Stiftelse för Sexualforskning och undersökningen av „det gråa könet“, å andra sidan Horst Hauptsteins fascistiska „Brödraskap“ och dess strävande efter den 100-procentiga manlighet och „testklarnas triumf“ (ett programmatiskt uttryck).

Allt beror på tolkningen i Sanningen om Sascha Knisch, för ingenting är som det ser ut: en stad är inte bara en stad utan ett tecken, en symbol för kroppens vetenskapliga undersökning; en man inte bara en man och en kvinna inte bara en kvinna, utan en konstruktion. Till och med Saschas labyrintiska berättelse måste tolkas och det blir klart att det inte går att veta säkert vad som är sant, för alla ljuger, framför allt Sascha. Signaler för att texten är en (lekfull) fiktion som man inte får tro på finns överallt: till ex. vissa namn (Karla Manetti d.v.s. „Manna“) eller epilogen till Saschas berättelse som presenteras som „bihang“, alltså ett uttryck för testiklar som används flera gånger i romanen. Och Sascha själv verkar lite konstig som figur: med allt som händer i hans liv kunde man tänka sig, att han, som dessutom är berättaren, skulle känna och undersöka starka emotioner. Men så är det inte, han visar hellre kroppsliga, somatiska symptomer som smärta eller upphetsning än psykologiska variationer som till ex. sorg.

Jag tyckte jätte mycket om hur Aris Fioretos undersöker förhållandet mellan vetenskap, sexualitet, politik, världshistoria, moral och konst och om hur han blandar historiska – köns och könsidentitetens reducering till en viss sexualorientering – och moderna – kön som konstruktion med flytande gränser – könsteorier. Sanningen om Sascha Knisch är en mycket intelligent och ibland rolig roman som jag skulle rekommendera till alla Berlin- och köns(teori)intresserade.

Sanningen om Sascha Knisch publiceras av Norstedts.



La vérité de Sascha Knisch
Aris Fioretos
Le Serpent à plumes 2008
trad. de l'anglais par Anne Damour
448 p.
La vérité de Sascha Knisch est le deuxième volet de la trilogie d'Aris Fioretos (auteur suédois contemporain d'origine gréco-autrichienne) sur le corps et la science. J'ai lu le premier volume Stockholm noir (non traduit en français), dans lequel il était question du cerveau et du Stockholm des années 20, il y a quelques années et l'avait trouvé très intéressant bien que pas évident à lire. La vérité de Sascha Knisch est encore meilleur – mais non moins exigeant – et raconte l'histoire, comme le titre l'indique, de Sascha Knisch, un jeune Autrichien travaillant comme projectionniste dans le Berlin de la République de Weimar. Et qui aime s'habiller en femme, une activité bien entendu secrète qui l'amène à solliciter l'aide d'une professionnelle, Dora, qui doit lui apprendre comment „devenir“ une femme. Leur relation se transforme petit à petit en amitié mais Dora meurt/est assassinée – on ne sait pas trop – tandis que Sascha est caché, à moitié nu, dans le placard de la jeune femme... Sascha fait ensuite le récit de sa vie et de celle de Dora ainsi que de toutes les explorations du genre, du sexe et de la sexualité entreprises à l'époque à Berlin. On y trouve d'un côté la Fondation de Recherche Sexuelle du docteur Froehlich (une version fictive de Magnus Hirschfeld) et son étude du „sexe gris“, d'un autre la „Brödraskap“ (société fraternelle) fascite de Horst Hauptstein cherchant à atteindre la virilité maximum et „le triomphe des testicues“ (tout un programme).

Dans La vérité de Sascha Knisch, tout est une question d'interprétation, car les apparences y sont trompeuses : ainsi la ville n'y est-elle pas seulement une ville mais aussi un signe, un symbole de l'exploration scientifique du corps ; un homme n'est pas seulement un homme de même qu'une femme n'est pas juste une femme mais une construction. Pareil pour le récit labyrinthique de Sascha qui exige, lui aussi, un travail d'interprétation. Il apparaît en effet assez vite que l'authenticité des faits relatés est loin d'être garantie, car tout le monde ment, Sascha le premier. Les signaux indiquant que le texte est une fiction ne manquent pas, qu'il s'agisse par ex. de jeux de mots dans certains noms (Karla Manetti, „Karl“ signifiant à l'origine „homme“) ou bien de l'épilogue au récit de Sascha intitulé „bihang“ (soit „annexe“, mais n'ayant pas lu la traduction française je ne sais pas quel terme exact la traductrice a choisi), une expression employée plusieurs fois dans le roman comme synonyme de „testicules“. Sascha lui-même est un personnage un peu étrange : avec tout ce qui lui arrive et étant qui plus est le narrateur de sa propre histoire, on pourrait penser qu'il serait sujet à de très fortes émotions et qu'il tenterait de les analyser. Or ce n'est pas le cas, puisqu'il exhibe plutôt des symptômes physiques, somatiques tels que la douleur ou l'excitation (sexuelle) que des états psychologiques tels que le deuil.

J'ai beaucoup apprécié la façon dont Aris Fioretos étudie les relations existant entre science, sexualité, politique, histoire, morale et art ainsi que la mise en contraste de théories historiques du genre – soit la réduction du sexe et du genre à une certaine orientation sexuelle – avec d'autres plus modernes – soit le genre (et le sexe) en tant que construction aux limites difficiles à établir. Voilà un roman intelligent et parfois drôle que je recommande à tous ceux et celles que Berlin et les théories du genre intéressent.

La vérité de Sascha Knisch est paru au Serpent à plumes. A noter qu'Anne Damour a établi la traduction française à partir de la version anglaise du texte réalisée par Aris Fioretos lui-même.

The author's website (auf deutsch, in English, på svenska).





Operation Clear Backlog: Episode 1

Mercredi, 31 mars 2010


Nota Bene: BiLLet MULtilinGUE / mulTILINgual PoST / MEHRsprachIGER EinTRag / FlerSPRÅkigt inlÄgG



And yet another month of virtual non-activity on this blog... I've been doing other things, been tired, been blocked... the mere thought of all those unwritten reviews is depressing me. In an attempt at overcoming these difficulties I've decided to try a new method: instead of writing long reviews as I usually do, I'm going to settle for a shorter form until I've cleared my backlog. Composing very analytical and detailed pieces isn't that much of a challenge for me (at least when I feel like it), it's what I'm trained to do, neither is saying in a sentence or two if a book was appalling, great or boring, but keeping it brief AND being satisfied with the result definitely is.
This new treatment doesn't have anything to do with the quality of the books I shall speak of, which form a mixed bag of „must read“, „well, if you must“ and „don't bother spending your money and time on that crap“. For more neutrality I shall procede alphabetically.



Bâ, Mariama Une si longue lettre :

Une si longue lettre
Mariama Bâ
Le Serpent à Plumes 2001
(Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal 1979)
165 p.
Dans le Sénégal des années 70 une femme qui vient de perdre son mari écrit, durant la réclusion marquant le début de son veuvage, une longue lettre à son amie expatriée aux Etats-Unis dans laquelle elle lui raconte sa vie et ses réflexions sur la société sénégalaise. Une si longue lettre a valeur de classique moderne des lettres africaines parce qu'il décrit sans détours la condition des femmes sénégalaises à cette époque. D'aucuns croient d'ailleurs pouvoir y déceler l'essence même de la condition féminine africaine, qui n'aurait pas évolué du tout depuis la parution de ce roman. A cela je réponds : „Et puis quoi encore ?! Comme si l'Afrique était un continent homogène et la femme africaine – rien que d'entendre parler de LA femme africaine m'horripile – un archétype voué éternellement à la soumission et la stagnation.“ Ce roman est donc à considérer pour ce qu'il est, le document fictionnel d'une époque et d'une société précises. Je dois en outre admettre ne pas y avoir trouvé la description d'une société patriarcale manichéenne dans laquelle les femmes seraient toutes soumises et les hommes auraient tous les pouvoirs. Car si les hommes ont, dans une certaine mesure, plus de libertés que les femmes, celles-ci sont les piliers du système. Bien sûr, les filles et les jeunes femmes n'ont pas forcément un rôle enviable. Cependant les femmes d'âge mûr, mères, belles-mères, tantes, belles-soeurs exercent elles un pouvoir considérable. Les agents actifs dans la destinée des jeunes femmes présentées dans ce roman sont, davantage que les hommes, ces femmes déjà établies qui contraignent jeunes femmes (et jeunes hommes) à des unions qui ne leur conviennent pas, vengeant peut-être ainsi leur propre vie gâchée ou du moins assurant avec ardeur la continuité de la tradition. Les hommes quant à eux, lâches, veules, inconscients sont moins des dictateurs que des trouillards qui n'osent s'opposer à la volonté de leur mère ou de celle de la future seconde épouse. Les torts me semblent – dans ce roman en tout cas – assez équitablement partagés entre les deux sexes et même la narratrice exprime plus un certain agacement qu'un réel sentiment de rébellion. Le véritable rapport de force se situe finalement moins entre hommes et femmes qu'entre l'individu, de quelque sexe qu'il soit, et sa famille qui ne lui laisse pas le choix de sa destinée ainsi qu'entre les familles qui forment la communauté. L'un des aspects de ces constructions sociales les plus importants et les plus critiqués par Mariama Bâ est sans doute le cadeau fait non par simple plaisir d'offrir mais par calcul et pour des raisons de prestige et se présentant souvent sous forme d'argent liquide, au point qu'il en devient un instrument économique et politique (donc la conception d'origine du cadeau) de taille et fausse complètement les relations familiales.
Bien qu'intéressant et pas mal écrit – disons surtout que cela se lit très facilement, le style en soi n'a rien de particulier –, Une si longue lettre n'en est malheureusement pas pour autant l'écrit révolutionnaire et fort auquel je m'attendais.

Une si longue lettre est paru au Serpent à plumes dans la collection Motifs.



Burman, Carina Vit som marmor:

Vit som marmor: ett romerskt mysterium
Carina Burman
Albert Bonniers 2006
340 s.
Jag tyckte att jag kunde ge Carina Burmans historiska deckare om amatördetektiven Euthanasia Bondeson en chans även om jag inte är en stor deckareläsare. Idéen av en skrivande, ogift medelålders kvinna som jagar en mördare i 1850-talets arkeologi-besatta Rom med dess internationella konstnärkoloni hade charm (den första boken i serien, Babylons gator, var tillfälligt slut när jag ville beställa den så blev det den andra, Vit som marmor, i stället). Men den fungerar tyvärr inte. Jag slöt läsa romanen efter en tredjedel, så ointressant den var: 100 sidor av de vanligsta och värsta klichéerna om Italien och konstnärerna (de bara målar/skriver/skulpterar, dricker rött vin och äter ost), ingen handling, ingen spänning, ingen stil, ingen humor och en jobbig och suffisant hjältinna. Ingen anledning för mig att läsa vidare.

Vit som marmor publiceras av Albert Bonniers.

Comme je l'avais déjà mentionné ici, Vit som marmor (Blanc comme marbre, à ma connaissance non traduit en français) de Carina Burman fut une fort mauvaise pioche : plat, sans humour ni style ni suspense, truffé des clichés les plus communs sur les artistes et l'Italie... non vraiment aucun intérêt, d'ailleurs je l'ai lâché au tiers. Et là, vous vous dites à raison, chers lecteurs, „t'es bien gentille ma poule, m'enfin de quoi ça parle ce bouquin ?“ Donc, au cas où il serait un jour traduit en français – vus l'engouement actuel pour les polars scandinaves et la notoriété dont jouit Carina Burman en Suède, je n'excluerais pas cette possibilité – et parce qu'il y a sûrement parmi vous de fervents amateurs d'enquêtes de détective, sachez que Vit som marmor est le deuxième volet (le premier étant épuisé j'ai dû me rabattre sur celui-là) des aventures de l'écrivaine à succès Euthanasia Bondeson, vieille fille imbue de sa personne, très madame-je-sais-tout (sans pour autant être franchement impressionnante intellectuellement) et détective amateure. L'action se passe en 1852 à Rome dans le milieu des colonies d'artistes et autres férus d'archéologie. Il y aura forcément un meurtre, enfin du moins si l'on en croit la quatrième de couverture, parce que pendant le premier tiers du livre nous n'avons droit qu'à une série de séances de contemplation de statues antiques, de repas invariablement composés de fromage et de vin et de réflexions d'une platitude consternante sur la mise et les manières de la jeune dame de compagnie d'Euthanasia, Agnes, et sur les amourettes de quelques artistes-touristes. Ce regard condescendant, cette héroïne se voulant libérale mais en fin de compte assez coincée sont d'autant plus désagréables que la narration est à la première personne, donc sans le moindre moment de répit !
Une grosse déception, le sujet, le personnage principal – ce nom ! –, en théorie ce roman avait de quoi me plaire, mais non.



Cărtărescu, Mircea Warum wir die Frauen lieben:

Warum wir die Frauen lieben
Mircea Cărtărescu
Aus dem Rumänischen von Ernest Wichner
Suhrkamp 2008
(rum. Orig. 2004/2006)
173 S.
And now for something completely different: Warum wir die Frauen lieben ist eine Sammlung von Kurzgeschichten, die größtenteils in der rumänischen Ausgabe von Elle erschienen. Wer jetzt denkt, es könne sich demzufolge nicht um anspruchsvolle, lesenswerte Literatur handeln, macht einen gewaltigen, wenn auch nachvollziehbaren, Fehler. Denn Cărtărescu ist ein großer Autor, der besonders für seine dreibändige Autobiographie und Porträt Rumäniens unter der Diktatur, Orbitór, bekannt ist, deren erster Teil auf deutsch unter dem Titel Die Wissenden erschienen ist. Und er versteht es wie kein Anderer, den Frauen, die er geliebt hat, in diesen kurzen Stücken mit beeindruckender Sprach- und Bildgewalt zu huldigen. Kleine Welten evoziert er mit seiner poetischen Sprache und große Visionen, mal bittersüß, mal zynisch, mal skurril und grotesk und oft von Träumen und traumähnlichen Zuständen durchdrungen. Bei ihm können Ohren „ultrastolz“ sein (S. 77) und die großen Namen der Weltliteratur werden so oft erwähnt wie die Namen seiner Verflossenen: „Als ich D. kennenlernte (in einer meiner Geschichten habe ich sie Gina genannt), hielt ich mich für eine Art Superchampion im Träumen. Ich richtete mir jede Nacht wie eine Box-Gala ein, bei der ich meinen diamantenbesetzten Gürtel gegen sämtliche Challenger verteidigte. Ich hatte, so meinte ich, Mandiarques, Jean Paul, Hoffmann, Tieck, Nerval und Novalis durch K.o. besiegt, Kafka nach Punkten, und Dimov hatte (in der sechzehnten Runde) aufgegeben.“ (S. 14)
Literarisches Boxen: großartige Idee!

Warum wir die Frauen lieben erscheint bei Suhrkamp.

And now for something completely different: Pourquoi nous aimons les femmes est un recueil de nouvelles parues pour la plupart à l'origine dans l'édition roumaine de Elle. Si vous en déduisez que cela ne doit pas voler bien haut, vous faites là une grossière erreur (mais tout à fait compréhensible). En effet, Cărtărescu est un grand auteur, connu principalement pour son autobiographie en trois volumes et portrait de la Roumanie sous la dictature, Orbitór, publiée en français chez Denoël (Orbitor, L'Œil en feu et L'Aile tatouée). Et il sait, mieux que tout autre, rendre hommage aux femmes qu'il a aimées grâce à l'impressionnante puissance évocatrice de sa langue. De petits mondes et de grandes visions naissent sous sa plume, tantôt doux-amers, tantôt cyniques ou étranges et grotesques, souvent emprunts d'onirisme. Loin d'être uniquement une déclaration d'amour aux femmes c'est aussi une déclaration d'amour (et parfois de guerre) à la littérature, Borges, Kafka, Nabokov, Dostoïevski et bien d'autres attendant le lecteur au détour de chaque page. J'aurais bien voulu partager un extrait avec vous, chers lecteurs, mais comme je ne possède pas la traduction française de ce volume, je ne puis malheureusement le faire (au fait, la traductrice française de Cărtărescu, Laure Hinckel, tient un blog). Quoiqu'il en soit, je vous le recommande vivement.

Pourquoi nous aimons les femmes est paru chez Denoël.


Le B.A. BA du béant béat

Jeudi, 4 septembre 2008


Enculée
Pierre Bisiou
Stock 2008
156 p.
La rentrée littéraire est un phénomène dont je n'entends généralement, depuis mes lointaines contrées germaniques, que les échos, plus ou moins retentissants selon la part de mon attention que je décide de leur accorder. Mais comme, une fois n'est pas coutume, je suis en France au moment propice, j'ai pris la liberté d'aller fureter parmi l'impressionnante masse des nouveautés. Premier achat de rentrée donc – d'autres suivront certainement mais, je vous rassure, mon sac à dos du retour sera surtout rempli d'ouvrages „de garde“, convoités de longue date – avec un premier roman un peu particulier, découvert directement sur le site de l'éditeur : Enculée de Pierre Bisiou.

Fiez-vous au titre, chers lecteurs, ce n'est pas une vaine provocation, vous tenez bien là un volume sur la sodomie car il n'y a en effet pas une page de ce premier roman (ça, c'est l'appellation officielle mais j'y reviendrai) qui ne parle de ces amours du côté obscur de la force. Les visiteurs réguliers de ces modestes pages ne s'étonneront probablement pas de ce choix de lecture, quant aux autres – les prudes, les bigleux (mais y en a-t-il vraiment parmi vous ?), les égarés, les nouveaux, etc. –, sachez que la sexualité est un thème qui m'intéresse aussi d'un point de vue littéraire et culturel.

Enculée est constitué du récit par un narrateur anonyme et masculin d'une soirée d'amour avec sa copine, que l'on devine plus jeune que lui, accompagné des réflexions de cet homme sur le sexe en général et la sodomie en particulier. Voilà le propos de ces quelques 156 pages – la soirée/nuit est longue, le monsieur très appliqué et enthousiaste et la demoiselle vorace – et, autant vous le dire tout de suite, c'est remarquablement bien écrit. Le style est jubilatoire, souvent très poétique bien qu'extrêmement cru, drôle, tendre parfois, la plupart du temps très juste.

Au-delà de l'aspect technique des rapports charnels décrits ici avec force détails, ce récit à la première personne se fait aussi étude du fonctionnement d'un couple basé sur un déséquilibre assumé : elle apparemment très jeune, vierge avant lui, encore en plein apprenstissage, passive quoique non soumise et lui expérimenté, actif, menant le jeu, ce que son rôle de narrateur exclusif vient renforcer. S'il fait tout ce qu'il peut pour la satisfaire – c'est réellement un amant sensible et expert –, il n'en reste pas moins qu'un certain malaise subsiste, dans sa tête de narrateur comme dans celle du lecteur. Cela provient de sa lucidité sur leur relation dont il sait qu'elle touche déjà à sa fin, son rôle ayant en somme été de la préparer à ses ébats futurs avec d'autres hommes (il existe chez lui une volonté très marquée de „former“ les jeunes filles, d'être le premier). C'est un homme qui doute de lui-même et qui prend conscience de la vacuité, très réjouissante il est vrai, du sexe tel qu'il le pratique, allant de jeune fille en jeune femme, déçu de n'être que rarement leur premier amant. L'interchangeabilité et la relative innocence de ces femmes, qu'il ne mentionne qu'en rapport avec une technique ou une demande particulière, se trouvent d'ailleurs confirmées par leurs prénoms finissant invariablement en -ine – Ondine, Géraldine, Ludivine... –, hommage aux Justine, Aline, Ernestine... du Marquis de Sade.

J'avoue avoir toujours eu du mal à comprendre cette obsession patriarcale de la défloration, surtout à une époque où la sexualité se déconnecte sans problème de sa fonction reproductive. La virginité, comme d'ailleurs la fidélité, est un phénomène – en fait presque une institution – qui n'a d'importance que tant que sexualité rime avec grossesse, mariage, situation économique et sociale à préserver et pouvoir. Mais il s'agit là d'un concept culturel tellement bien ancré dans les mentalités qu'il est probablement difficile, pour beaucoup d'hommes notamment, de s'en débarrasser. Il en va de même – j'entends par là qu'il s'agit aussi d'un phénomène plus culturel que naturel – de la configuration érotique classique exposée ici de l'homme actif initiant la femme passive – avec, il est vrai, de légères transgressions ici et là.

Après cette légère digression d'anthropologie culturelle post-féministe – on ne se refait décidément pas –, il me reste à dire que ce récit-éloge désabusé de la sodomie – et non roman selon moi, question de forme, (de manque) d'épaisseur narrative – est tout de même très aphrodisiaque et sympathique à lire, seul(e) ou accompagné(e). Et qu'il est, je le répète, superbement écrit – un véritable tour de force de ce point de vue – malgré quelques longueurs (cette nuit d'enculade frénétique et festive décrite sur 150 pages n'évite pas quelques répétitions, mais c'est dans la nature de la chose). Enculée est un texte qui gagnerait d'ailleurs certainement à être lu à voix haute, mais en bonne compagnie seulement ;-) – fou rire garanti. Avis aux amateurs d'OLNI/OPNI.

Enculée de Pierre Bisiou est publié chez Stock.


Update du 29.09.08 : Ys aussi a apprécié ; son superbe billet se trouve ici.




Je suis tombée récemment sur une excellente émission de France Culture avec Nancy Huston. Elle y parle de son nouvel essai, L'Espèce fabulatrice paru chez Actes Sud, - et qui me tente furieusement - et je vous recommande vivement d'aller, vous aussi, découvrir ce qu'elle a à dire du rapport de l'Humain à la fiction, avant que l'émission ne soit retirée des archives internet; c'est passionnant et son français est un régal.
Bonne écoute et bonne nuit.


De l'art de dire, l'air de rien

Dimanche, 13 juillet 2008


Petit éloge de la douceur
Stéphane Audeguy
Gallimard, Folio 2 euros, 2007

Petite panne de lecture ces derniers jours ; incapable de fixer mon attention sur un texte suivi plus de cinq minutes, j'ai fini par me laisser tenter par un ouvrage invitant, par sa forme même d'abécédaire, au grignotage littéraire : Petit éloge de la douceur de Stéphane Audeguy. Ce délicieux et réjouissant petit volume est un recueil de réflexions sur la douceur et autres qualités et phénomènes apparentés, comme l'élégance, la subtilité ou la lenteur, tels qu'ils interviennent dans les différents domaines de la vie humaine : art, littérature, cinéma, sexualité, enfance, vieillesse, cuisine, langue, médias, technique, politique, sport... Si les sujets abordés sont donc très variés, c'est aussi le cas des approches théoriques dont l'éloge d'Audeguy se nourrit : il fait appel à la philosophie autant qu'à l'histoire culturelle, la théorie littéraire, la linguistique, la sociologie ou l'anthropologie culturelle. Sa thèse est que la douceur n'est ni faiblesse ni mièvrerie, qu'elle est, sinon un pouvoir, du moins une force, lente, subtile et très efficace. D'ailleurs, si élégants soient-ils, le propos et le style d'Audeguy n'en restent pas moins fermes – en témoigne son emploi récurrent mais fort judicieux du terme „con“ et de ses dérivés –, à l'image de la douceur elle-même.

Des thèmes traités – toujours avec beaucoup d'intelligence et de raffinement –, deux m'ont particulièrement intéressée : la sexualité et le rapport au monde. Audeguy fait l'éloge de la séduction et du charme et rappelle que la sexualité n'est jamais dénuée de violence. Il insiste également, et ce tout à fait à raison, sur le fait que la sexualité n'est considérée comme un domaine apparemment séparable du reste de l'existence – d'où la pornographie telle que nous la connaissons aujourd'hui et sa négation de la vraie sensualité et de l'érotisme – que depuis le 19e et le 20e siècles. Sa réflexion porte ici aussi bien sur l'entretien du désir constant, et donc de l'insatisfaction, par la société au détriment du plaisir, de la jouissance, et donc de l'apaisement, que sur la façon dont la sexualité est disséquée, cataloguée, figée par les discours socio-politico-médicaux en orientations diverses servant, en fin de compte, toutes à affirmer la norme hétérosexuelle désormais établie. Pour m'être déjà penchée à plusieurs reprises sur ces mêmes questions, j'ai trouvé ses observations très pertinentes.

Quant au rapport de l'homme au monde, il souligne que, s'il est certain que nous sommes tributaires de la Nature et de notre environnement, les représentations que nous nous en faisons, qu'elles soient linguistiques (vocabulaire) ou artistiques, déterminent également la perception que nous en avons, ce qu'il résume dans la rubrique Soleils couchants par : „Le réel est le fruit de l'invention.“

Petit éloge de la douceur est un livre très riche malgré sa concision et qui allie une érudition certaine à beaucoup de légèreté et d'humour. Stéphane Audeguy y pose des questions importantes, l'air de rien. Son espièglerie intellectuelle et son ironie subtile et parfois mordante, que j'ai retrouvées ici avec bonheur, m'avaient déjà frappée l'année dernière lors de la conférence qu'il avait donnée dans ma fac. Cet homme maîtrise l'art de vous provoquer intellectuellement, l'air de ne pas y toucher, au détour d'une phrase en apparence anodine. C'est charmant, et jubilatoire. On en redemande.

Je ne résiste pas à l'envie de citer un extrait. Voici donc ce qu'il dit des nuages, auxquels il avait déjà consacré son magnifique premier roman, La Théorie des nuages :

Les nuages sont impensables. Incommensurables. On peut raisonnablement estimer qu'il ne s'en est pas trouvé deux pour être identiques depuis la formation de l'atmosphère terrestre. En ce sens, ils sont une parfaite image du monde.


Petit éloge de la douceur est paru chez Gallimard, dans la collection Folio 2 euros.

Inspiration musicale pour l'écriture de ce billet : Wolf's Rain Original Soundtrack, Volume 1 de Yōko Kanno.




Première partie


De son travail d'écrivain il a dit que c'est d'abord celui d'un lecteur assidu qui veut se raconter des histoires. Il conçoit le processus d'écriture comme un acte égoïste puisqu'il écrit ses livres d'abord pour lui, partant d'une idée et se laissant porter par le texte – ce en quoi il ressemble beaucoup à Haruki Murakami, note de la blogueuse –, et ne pense à ses futurs lecteurs qu'au moment de la publication de l'oeuvre. Il a aussi reconnu avoir toujours eu une grande attirance pour les formes littéraires concentrées telles que la parabole, l'apologue, les mythes et les légendes, qui permettent de présenter des histoires à portée universelle. Aussi a-t-il tenté, à travers Les Âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh et Le Rapport de Brodeck – qu'il considère comme une sorte de trilogie –, d'évoluer vers ce qu'il appelle un roman-parabole, autrement dit une oeuvre littéraire qui allierait la richesse de l'écriture romanesque à la prégnance et l'universalité de la parabole ou de la légende.

Si Les Âmes grises reste un roman assez classique, il y joue cependant déjà avec la croisée des genres, associant roman pseudo-historique – il n'a effectué aucunes recherches – et pseudo-policier. Ce second genre l'intéressait parce que, titillant notre besoin de savoir, il donne le plus souvent envie de continuer la lecture, quelle que soit la qualité du texte. Mais comme il éprouve toujours une certaine déception lorsque le coupable est enfin démasqué, il a préféré renoncer à une solution définitive dans Les Âmes grises, rompant ainsi avec l'une des conventions les plus importantes du roman policier. Dans La petite fille de Monsieur Linh il change d'angle d'attaque, épure la trame et le style, se rapprochant ainsi beaucoup de la fable ou du conte, et, surtout, accentue la déréalisation amorcée dans Les Âmes grises. Aucun lieu n'est nommé ici, tout indice précis est gommé, ce qui permet à chaque lecteur d'investir le récit de ses représentations propres. Il reprend finalement cet aspect de déréalisation dans Le Rapport de Brodeck, certes dans une moindre mesure, et l'associe à une structure romanesque plus classique. Le texte est cependant aussi influencé par les mythes et les contes – il a mentionné Orphée et Eurydice, les contes yiddish, les légendes rhénanes... – et son universalité tient à la question qu'il pose, à savoir celle de la part d'inhumanité inhérente à chaque homme, et à sa réflexion sur le „Peut-on encore écrire de la poésie après Auschwitz ?“ d'Adorno, c'est-à-dire peut-on recréer du beau après l'horreur ? Selon lui, oui, car la littérature survit à tout, thèse qu'il avait déjà défendue dans la nouvelle „Arcalie“, tirée de Les petites mécaniques.

Vous l'aurez compris, si imaginative qu'elle soit, la littérature est, pour Philippe Claudel, en prise directe avec la vie. Il considère d'ailleurs que le roman est là pour nous ouvrir les yeux, nous réveiller et que l'écrivain doit être un terroriste de l'âme. Il ne croit pas à une littérature simplement apaisante et divertissante, car la société a déjà bien assez tendance à nous endormir comme ça. Il plaide pour un état de vigilance intellectuelle constante et rappelle (cf. aussi les deux nouvelles pré-citées) que ce n'est pas un hasard si les écrivains et les artistes sont toujours parmi les premières victimes des régimes totalitaires.

Voilà en gros sur quoi portait sa conférence, le tout expliqué de façon claire et décontractée et non sans humour. Je connais quelques profs qui feraient bien d'en prendre de la graine... Quant à nos conversations en tête-à-tête, elles ont bien entendu surtout – si l'on fait abstraction d'une bonne dose de vannes et de nonsense – porté sur nos lectures (en cours, passées, à venir). Il m'a conseillé Saturday de Ian McEwan et redonné envie de lire Der schwedische Reiter (Le cavalier suédois) de Leo Perutz. Il a même réussi le tour de force de me persuader de redonner une chance à Marguerite Duras, dont L'Amant m'avait profondément ennuyée et énervée mais dont lui considère qu'elle n'est pas encore reconnue à sa juste valeur. De mon côté, je lui ai recommandé Le buveur de lune de Göran Tunström, Grains de beautés de Frédéric Clément et Drömfakulteten de Sara Stridsberg (dont je suppose qu'il sortira en France sous le titre La faculté des rêves ; à paraître chez Stock). Nous avons aussi constaté que nous avions quelques auteurs en commun comme par exemple Haruki Murakami, Yōko Ogawa et Arto Paasilinna. J'ai d'ailleurs été très agréablement surprise de voir à quel point ses lectures étaient cosmopolites – littérature anglosaxonne, japonaise, scandinave, italienne... Pas étonnant que nous nous soyons si bien entendus.

Lorsque je lui ai demandé quels étaient ses auteurs et ses recueils de référence en matière de nouvelles et de textes courts – question motivée par la lecture récente de Les petites mécaniques –, il m'a répondu Maupassant pour sa maîtrise du genre et la diversité de ton dont il était capable, Chronique des jours désespérés de Pierre Mac Orlan, les textes courts de Mario Rigoni Stern et Tristes revanches de Yōko Ogawa, ce dernier recueil étant, de notre avis à tous les deux, un modèle du genre.

Pour finir, il m'a avoué que le rôle de la Lorraine dans son oeuvre a tendance à être sérieusement exagéré par les journalistes parisiens d'une part et les lecteurs lorrains de l'autre. C'est tellement pratique de mettre les écrivains dans des cases et de leur coller une étiquette. À quand une „AOC“ pour écrivains français non-parisiens ?

Ce fut une délicieuse rencontre, bien trop courte, qui m'aura beaucoup marquée. Merci Philippe pour ces très belles heures.





Je sens que je vais faire des jalouses mais qu'importe : Philippe Claudel était à Kiel lundi et mardi pour lire des extraits de La petite fille de Monsieur Linh et donner une conférence à la fac et je lui ai servi d'interprète. L'évènement était certes prévu de longue date – ce rendez-vous culturel francophone pendant la Kieler Woche est une tradition ; l'année dernière, nous avions reçu Stéphane Audeguy – mais le rôle que j'aurais à y jouer n'a cessé d'être redéfini (jusqu'au dernier moment d'ailleurs). J'ai donc préféré ne pas vous en parler avant, de peur de n'avoir, en fin de compte, rien à vous raconter. Ce qui aurait vraiment été très, très dommage. Mais n'est absolument pas le cas ! Car, après avoir donné un aperçu de sa vie et de son oeuvre au public, j'ai donc joué les interprètes pendant la discussion qui a suivi la lecture, ce qui m'a beaucoup amusée. Et surtout, nous nous sommes entendus comme larrons en foire. En même temps, quand deux Lorrains se rencontrent en terre étrangère et après les petites chamailleries de rigueur à cause de la rivalité légendaire entre Nancy (lui) et Metz (moi), le courant ne peut que passer ;-). Il est charmant, drôle, direct, intelligent, comme on les aime, quoi. Nous avons discuté de tout et de rien avant la lecture, après au restaurant et en le ramenant à son hôtel, le lendemain à la fac... Un vrai régal :-D.

À l'origine, j'avais prévu de l'interviewer pour le blog et finalement j'ai laissé tomber parce que, d'une part, il me restait trop peu de questions vraiment originales à lui poser et, d'autre part, il m'a lui-même avoué avoir parfois tendance à raconter n'importe quoi pendant les interviews. Et puis j'ai tout simplement trouvé beaucoup plus sympa de discuter librement avec lui sans avoir de questions précises à suivre. Il m'a donné carte blanche pour retranscrir et reformuler ses propos comme bon me semble – de toute façon, il prétend ne pas du tout lire ce que l'on écrit sur lui et j'ai peu d'espoir qu'il vienne faire un tour par ici, dommage. Il m'a cependant demandé de relayer deux révélations fracassantes : il n'est né ni en 1962 comme on le dit partout ni en 1969 comme je l'ai prétendu lors de la lecture (lapsus stupide dû au trac), mais bien en 1999. Très mûr pour son âge, ce jeune homme. Et seconde vérité foudroyante pour laquelle je lui laisse la parole : „Mes romans sont beaucoup plus compliqués que moi“. À vous, chers lecteurs doués de facultés intellectuelles supérieures, de décider quoi faire de ces informations capitales.


Trêve de bavardages, je vais donc essayer de vous faire le compte-rendu des parties pertinentes de nos conversations ainsi que de son excellente conférence intitulée „Fiction, apologue, roman“. Philippe Claudel l'a commencée en posant la question du besoin de fiction, de représentations artistiques en tant que constante anthropologique, illustrée par la lecture de la nouvelle „Roman“, tirée de son recueil Les petites mécaniques. Pourquoi écrire et lire de la fiction ? La lecture est à considérer comme un mode de déchiffrement du monde et une rencontre avec l'autre. La littérature quant à elle est un miroir du monde qui provoque l'émerveillement du lecteur. Mais selon lui, si l'on devient écrivain, c'est tout d'abord parce que l'on sait écrire, parce que l'on en a la possibilité technique. Qui maîtrise un quelconque savoir-faire cherche toujours à le mettre en pratique au moins une fois.

Mais qu'est-ce, au juste, que la fiction ? De l'irréel ? Oui, mais peut-on créer de l'irréel pur ? Tout auteur étant réel et toute imagination émanant d'un auteur (ou collectif d'auteurs, cela a ici peu d'importance), cette dernière ne peut être une création ex nihilo. L'irréel pur n'existe pas, car toute imagination, et, par là même, toute fiction et toute littérature, se nourrit d'une expérience de la réalité. La fiction est donc pour lui une distillation du réel par l'auteur et la fiction réaliste un tirage du réel – au sens photographique, passant par plusieurs bains d'expérience et donnant un résultat différent à chaque fois – et non une reproduction de la réalité telle qu'elle est. Il a ainsi insisté sur la rareté de l'objectivité en général et a fortiori dans l'univers romanesque. J'ajouterais à cela que le langage et ses applications, la littérature par exemple mais aussi le journalisme, nous manipulent au moins autant que nous les manipulons et qu'il est nécessaire pour tout lecteur de fiction de s'en souvenir. Il n'y a pas de plus grands faussaires que les écrivains (et artistes) réalistes et naturalistes, qui prétendent donner à voir la réalité alors qu'ils proposent un monde et une image construits de toutes pièces.

Il s'est ensuite penché sur la situation de la littérature française contemporaine. Après avoir expliqué au public largement étudiant le phénomène très formaliste et souvent décharné de l'autofiction – avec toutes ses dérives –, il a fait le constat d'un retour en force de la fiction romanesque en France, mouvance dans laquelle son oeuvre s'inscrit, autrement dit d'un retour à de vraies histoires et des personnages ayant bénéficié d'un certain travail de caractérisation. En somme, d'une redécouverte du roman en tant que quête, voire enquête. Selon cette conception à laquelle j'adhère complètement, écrire des romans (ou nouvelles), c'est avant tout vivre par procuration la vie d'autres personnes/personnages, c'est raconter l'histoire d'un autre. Il a par ailleurs remarqué, et les deux phénomènes sont probablement liés, que règne en ce moment en France une certaine absence d'écoles et de courants littéraires définis et que les tentatives actuelles de regroupement d'écrivains dans telle ou telle catégorie émanent toujours des cercles universitaires et sont en fait des créations arbitraires. Il considère également que la littérature et les choix des lecteurs sont beaucoup plus libres qu'avant, comme en témoigne par exemple l'engouement pour certaines littératures étrangères, dont la littérature américaine. Il y voit aussi un certain besoin d'exotisme, de se sortir d'ambiances trop françaises, et a insisté sur la façon dont le nom des lieux, personnages... décrits dans un roman nous influencent.



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