Sarah
Otomo/ Nagayasu
Aus dem Jap. übersetzt von Junko Iwamoto-Seebeck und Jürgen Seebeck
Carlsen 1996
(jap. Orig. 1990)

Ende April fand der 12. Anime Marathon in Brehna statt und da ich dieses Jahr ziemlich oft als Aufsicht in der Mangabibliothek saß, habe ich sogar Zeit gehabt, eine Serie (soweit vorhanden) durchzulesen, nämlich Sarah von Kastuhiro Otomo (Text) und Takumi Nagayasu (Zeichnungen).

Als Scharen von Menschen versuchen, ihre durch Anschläge beschädigten Raumstationen zu verlassen, um notgedrungen auf eine längst vergiftete Erde zurückzukehren, wird Sarah von ihren drei Kindern, Harato, Satoko und Tsumuri getrennt. Sie behält bei sich nur ihr letztes Kind, einen Säugling, und muss fliehen. Was damals passiert ist, was Sarah auf ihrer Flucht erlebt hat, erfährt der Leser erst später und nur partiell. Als wir Sarah einige Jahre nach den Anschlägen auf der Erde wieder begegnen, ist sie eine rätselhafte Einzelkämpferin geworden. Der Händler Tsue ist ihr einziger Weggefährte, dem sie sich aus praktischen Gründen – er besitzt einen LKW – angeschlossen hat. Zusammen reisen sie durch Wüsten, halb leere Städte und Kriegszonen, sie auf der Suche nach ihren Kindern, er auf der Suche nach guten Geschäften, und werden bei jeder Etappe mit dem Zerstörungspotential menschlichen Machtstrebens aufs Neue konfrontiert.

Leider hat Carlsen die Veröffentlichung der deutschen Übersetzung von Sarah nach 14 (sehr schmalen) Bänden im 25x16,6 cm Format unterbrochen, so dass ich nur einen Teil der Serie bewerten kann (alle Bände sind gespiegelt, anders aufgeteilt als im Original und ich werde den Verdacht nicht los, dass die Übersetzung nicht ganz sauber ist, hören doch viele Sprechblasen mitten im Satz abrupt auf... so hat man es eben in den 90ern gemacht... und heute ist die Serie natürlich vergriffen). Aber was ich davon lesen konnte, immerhin einen Großteil der Serie, war beeindruckend. Angefangen mit der Hauptfigur, denn wenn das allgemeine postapokalyptische Setting samt Figur, die nach etwas Verlorenem sucht, nicht gerade revolutionär ist, so ist die Entscheidung für eine Protagonistin statt eines Protagonisten in einem solchen Kontext eher selten. Man mag natürlich argumentieren, dass die Betonung von Sarahs Mutterrolle wiederum das alte Klischee der Mutter bestätigt, die alles tut, um ihre Kinder zu schützen, gar nur noch um ihrer Kinder willen lebt. Und das würden sogar die ersten Bände der Serie tendenziell bestätigen. Nur wird dieses Klischee bald durch Sarahs Konfrontation mit anderen „Müttern“ relativiert und durch die Auseinandersetzung mit Kindsmord, Prostitution und Notlagen unterwandert. Selbst das Bild des Kindes als gutes, unverdorbenes Wesen, das man nur lieben kann und sogar lieben muss, wird hier demontiert. Sarah ist keine perfekte Mutter und auf keinen Fall eine Frauenfigur, die sich auf diese eine Rolle reduzieren ließe. Groß und stark, in einem Umhang gehüllt, der auch sämtlichen Spacepirates und Vampirjägern des Mangauniversums stünde, tritt sie vor allem als wortkarge Kämpferin auf – und wie sie da kämpft! - und wird durch eine Umdeutung des Motivs der abgeschnittenen Brust mit den Amazonen assoziiert. Und überhaupt ist eine solche Untersuchung von Weiblichkeit im stark männlich dominierten Science-Fiction-Genre, dazu noch im Zusammenhang mit einem Krieg, in den sich auch Sarah einmischt, für mich ein Grund zu jubeln. Die einzige vergleichbare Figur, die mir im Bereich Manga/Anime spontan einfällt, ist Miyazakis Nausicaä.

Sarah ist aber nicht nur ein thematisch sondern auch graphisch, dank Nagayasus realisitschen und souveränen Zeichenstils, hervorragender Manga. Ob Porträts, Landschaften, Mengen, Explosionen oder Kampfszenen, alles ist perfekt gezeichnet. Sowohl auf der Panel- als auch auf der Seitenebene zeigt Nagayasu einen grandiosen Sinn für Komposition und Dynamik. Einige Ganzseitenillustrationen erinnern absichtlich an Propagandaplakate, so dass die Mechanismen totalitärer Diskurse hier auch auf graphischer Ebene entlarvt werden.

Wer Science-Fiction mag und/oder auf der Suche nach Mangas mit starken Frauenfiguren ist, sollte auf jeden Fall Sarah lesen. Und wer französisch lesen kann, hat sogar die Möglichkeit, die Serie zu Ende zu lesen, denn Delcourt hat sie, im Gegensatz zu Carlsen, abgeschlossen (dabei muss man allerdings beachten, dass Band 14 in der deutschen Fassung Band 8 in der französischen entspricht, welche insgesamt aus 11 Bänden besteht). Hoffentlich werde ich selbst irgendwann dazu kommen, mir die restlichen drei Bände auf französisch zuzulegen...





Comme vous l'avez peut-être déjà lu sur son blog, la curieuse et intrépide Mo – rappelons qu'elle a bravé, au péril du bon goût et de sa charmante robe jaune, les supporters de foot alcoolisés dès le petit-déj' et remis son sort entre les mains de Sainte Deutsche Bahn (DB pour les intimes), réputée pour l'extrême souplesse de ses horaires – est venue se perdre dans mon petit coin de bord de mer pour le week-end. Première rencontre bloguesque francophone pour moi (j'avais déjà fait la connaissance d'une consoeur suédoise à Göteborg) et légère appréhension : Que faire si jamais le courant ne passe pas ? Aucune idée, car les papotages ont commencé bon train dès la sortie du wagon ; sous ses airs de jeune fille sage se cache un mélange d'érudition et d'humour assaisonné d'un grain de farfelitude, soit un cocktail des plus sympathiques - elle est fan de Téléchat, on ne pouvait que s'entendre ;-).

Je confirme donc que Mo n'a pas menti dans sa réponse à ce tag-ci : elle aime bavarder. Et ça tombe bien parce que moi aussi :-). Sauf que conjugué à notre tendance commune à conceptualiser à outrance avant de passer à l'acte, notre amour de la conversation nous a poussées à nous coucher bien tard et à petit-déjeuner très, très longuement le lendemain ; avec le soleil et la mer en prime, une véritable ambiance de vacances :-).

Pour les gros curieux parmi vous qui se demandent de quoi nous avons bien pu discuté aussi assidûment, sachez que nous nous sommes lancées aussi bien dans des débats sur la symbolique animale au Moyen-Âge, les travers des gender studies ou encore l'esthétique de Yourcenar – parmi tant d'autres sujets – que dans des considérations on ne peut plus pragmatiques telles que la meilleure façon d'assouplir le cuir des chaussures neuves et la confection des crêpes. Vous l'aurez compris, chers lecteurs, nous sommes non seulement des pipelettes de compétition mais aussi tout-terrain.

Je vous confirme également les lunettes, le vernis à ongles, le sac à la Mary Poppins, le carnet – dans lequel elle a noté plein de titres de ma bibliothèque – et la tendance à parler aux objets, un autre de nos points communs – elle, elle leur murmure des choses et moi, j'ai plutôt tendance à leur grogner/gueuler dessus : un phénomène, deux façons de le vivre ; c'est beau la diversité.

Par contre, elle exagère sur l'inuktitut : j'ai juste récupéré un livre orphelin dans cette langue dont quelqu'un à la fac souhaitait se défaire, histoire de compléter ma collection d'OLNIs quoi. Mais je serais bien incapable de le lire puisque je n'ai jamais appris cette langue – un jour, peut-être.

Week-end fort sympathique, donc, et j'ai très envie de renouveler l'expérience de la rencontre bloguesque en live.




Première partie


De son travail d'écrivain il a dit que c'est d'abord celui d'un lecteur assidu qui veut se raconter des histoires. Il conçoit le processus d'écriture comme un acte égoïste puisqu'il écrit ses livres d'abord pour lui, partant d'une idée et se laissant porter par le texte – ce en quoi il ressemble beaucoup à Haruki Murakami, note de la blogueuse –, et ne pense à ses futurs lecteurs qu'au moment de la publication de l'oeuvre. Il a aussi reconnu avoir toujours eu une grande attirance pour les formes littéraires concentrées telles que la parabole, l'apologue, les mythes et les légendes, qui permettent de présenter des histoires à portée universelle. Aussi a-t-il tenté, à travers Les Âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh et Le Rapport de Brodeck – qu'il considère comme une sorte de trilogie –, d'évoluer vers ce qu'il appelle un roman-parabole, autrement dit une oeuvre littéraire qui allierait la richesse de l'écriture romanesque à la prégnance et l'universalité de la parabole ou de la légende.

Si Les Âmes grises reste un roman assez classique, il y joue cependant déjà avec la croisée des genres, associant roman pseudo-historique – il n'a effectué aucunes recherches – et pseudo-policier. Ce second genre l'intéressait parce que, titillant notre besoin de savoir, il donne le plus souvent envie de continuer la lecture, quelle que soit la qualité du texte. Mais comme il éprouve toujours une certaine déception lorsque le coupable est enfin démasqué, il a préféré renoncer à une solution définitive dans Les Âmes grises, rompant ainsi avec l'une des conventions les plus importantes du roman policier. Dans La petite fille de Monsieur Linh il change d'angle d'attaque, épure la trame et le style, se rapprochant ainsi beaucoup de la fable ou du conte, et, surtout, accentue la déréalisation amorcée dans Les Âmes grises. Aucun lieu n'est nommé ici, tout indice précis est gommé, ce qui permet à chaque lecteur d'investir le récit de ses représentations propres. Il reprend finalement cet aspect de déréalisation dans Le Rapport de Brodeck, certes dans une moindre mesure, et l'associe à une structure romanesque plus classique. Le texte est cependant aussi influencé par les mythes et les contes – il a mentionné Orphée et Eurydice, les contes yiddish, les légendes rhénanes... – et son universalité tient à la question qu'il pose, à savoir celle de la part d'inhumanité inhérente à chaque homme, et à sa réflexion sur le „Peut-on encore écrire de la poésie après Auschwitz ?“ d'Adorno, c'est-à-dire peut-on recréer du beau après l'horreur ? Selon lui, oui, car la littérature survit à tout, thèse qu'il avait déjà défendue dans la nouvelle „Arcalie“, tirée de Les petites mécaniques.

Vous l'aurez compris, si imaginative qu'elle soit, la littérature est, pour Philippe Claudel, en prise directe avec la vie. Il considère d'ailleurs que le roman est là pour nous ouvrir les yeux, nous réveiller et que l'écrivain doit être un terroriste de l'âme. Il ne croit pas à une littérature simplement apaisante et divertissante, car la société a déjà bien assez tendance à nous endormir comme ça. Il plaide pour un état de vigilance intellectuelle constante et rappelle (cf. aussi les deux nouvelles pré-citées) que ce n'est pas un hasard si les écrivains et les artistes sont toujours parmi les premières victimes des régimes totalitaires.

Voilà en gros sur quoi portait sa conférence, le tout expliqué de façon claire et décontractée et non sans humour. Je connais quelques profs qui feraient bien d'en prendre de la graine... Quant à nos conversations en tête-à-tête, elles ont bien entendu surtout – si l'on fait abstraction d'une bonne dose de vannes et de nonsense – porté sur nos lectures (en cours, passées, à venir). Il m'a conseillé Saturday de Ian McEwan et redonné envie de lire Der schwedische Reiter (Le cavalier suédois) de Leo Perutz. Il a même réussi le tour de force de me persuader de redonner une chance à Marguerite Duras, dont L'Amant m'avait profondément ennuyée et énervée mais dont lui considère qu'elle n'est pas encore reconnue à sa juste valeur. De mon côté, je lui ai recommandé Le buveur de lune de Göran Tunström, Grains de beautés de Frédéric Clément et Drömfakulteten de Sara Stridsberg (dont je suppose qu'il sortira en France sous le titre La faculté des rêves ; à paraître chez Stock). Nous avons aussi constaté que nous avions quelques auteurs en commun comme par exemple Haruki Murakami, Yōko Ogawa et Arto Paasilinna. J'ai d'ailleurs été très agréablement surprise de voir à quel point ses lectures étaient cosmopolites – littérature anglosaxonne, japonaise, scandinave, italienne... Pas étonnant que nous nous soyons si bien entendus.

Lorsque je lui ai demandé quels étaient ses auteurs et ses recueils de référence en matière de nouvelles et de textes courts – question motivée par la lecture récente de Les petites mécaniques –, il m'a répondu Maupassant pour sa maîtrise du genre et la diversité de ton dont il était capable, Chronique des jours désespérés de Pierre Mac Orlan, les textes courts de Mario Rigoni Stern et Tristes revanches de Yōko Ogawa, ce dernier recueil étant, de notre avis à tous les deux, un modèle du genre.

Pour finir, il m'a avoué que le rôle de la Lorraine dans son oeuvre a tendance à être sérieusement exagéré par les journalistes parisiens d'une part et les lecteurs lorrains de l'autre. C'est tellement pratique de mettre les écrivains dans des cases et de leur coller une étiquette. À quand une „AOC“ pour écrivains français non-parisiens ?

Ce fut une délicieuse rencontre, bien trop courte, qui m'aura beaucoup marquée. Merci Philippe pour ces très belles heures.





Je sens que je vais faire des jalouses mais qu'importe : Philippe Claudel était à Kiel lundi et mardi pour lire des extraits de La petite fille de Monsieur Linh et donner une conférence à la fac et je lui ai servi d'interprète. L'évènement était certes prévu de longue date – ce rendez-vous culturel francophone pendant la Kieler Woche est une tradition ; l'année dernière, nous avions reçu Stéphane Audeguy – mais le rôle que j'aurais à y jouer n'a cessé d'être redéfini (jusqu'au dernier moment d'ailleurs). J'ai donc préféré ne pas vous en parler avant, de peur de n'avoir, en fin de compte, rien à vous raconter. Ce qui aurait vraiment été très, très dommage. Mais n'est absolument pas le cas ! Car, après avoir donné un aperçu de sa vie et de son oeuvre au public, j'ai donc joué les interprètes pendant la discussion qui a suivi la lecture, ce qui m'a beaucoup amusée. Et surtout, nous nous sommes entendus comme larrons en foire. En même temps, quand deux Lorrains se rencontrent en terre étrangère et après les petites chamailleries de rigueur à cause de la rivalité légendaire entre Nancy (lui) et Metz (moi), le courant ne peut que passer ;-). Il est charmant, drôle, direct, intelligent, comme on les aime, quoi. Nous avons discuté de tout et de rien avant la lecture, après au restaurant et en le ramenant à son hôtel, le lendemain à la fac... Un vrai régal :-D.

À l'origine, j'avais prévu de l'interviewer pour le blog et finalement j'ai laissé tomber parce que, d'une part, il me restait trop peu de questions vraiment originales à lui poser et, d'autre part, il m'a lui-même avoué avoir parfois tendance à raconter n'importe quoi pendant les interviews. Et puis j'ai tout simplement trouvé beaucoup plus sympa de discuter librement avec lui sans avoir de questions précises à suivre. Il m'a donné carte blanche pour retranscrir et reformuler ses propos comme bon me semble – de toute façon, il prétend ne pas du tout lire ce que l'on écrit sur lui et j'ai peu d'espoir qu'il vienne faire un tour par ici, dommage. Il m'a cependant demandé de relayer deux révélations fracassantes : il n'est né ni en 1962 comme on le dit partout ni en 1969 comme je l'ai prétendu lors de la lecture (lapsus stupide dû au trac), mais bien en 1999. Très mûr pour son âge, ce jeune homme. Et seconde vérité foudroyante pour laquelle je lui laisse la parole : „Mes romans sont beaucoup plus compliqués que moi“. À vous, chers lecteurs doués de facultés intellectuelles supérieures, de décider quoi faire de ces informations capitales.


Trêve de bavardages, je vais donc essayer de vous faire le compte-rendu des parties pertinentes de nos conversations ainsi que de son excellente conférence intitulée „Fiction, apologue, roman“. Philippe Claudel l'a commencée en posant la question du besoin de fiction, de représentations artistiques en tant que constante anthropologique, illustrée par la lecture de la nouvelle „Roman“, tirée de son recueil Les petites mécaniques. Pourquoi écrire et lire de la fiction ? La lecture est à considérer comme un mode de déchiffrement du monde et une rencontre avec l'autre. La littérature quant à elle est un miroir du monde qui provoque l'émerveillement du lecteur. Mais selon lui, si l'on devient écrivain, c'est tout d'abord parce que l'on sait écrire, parce que l'on en a la possibilité technique. Qui maîtrise un quelconque savoir-faire cherche toujours à le mettre en pratique au moins une fois.

Mais qu'est-ce, au juste, que la fiction ? De l'irréel ? Oui, mais peut-on créer de l'irréel pur ? Tout auteur étant réel et toute imagination émanant d'un auteur (ou collectif d'auteurs, cela a ici peu d'importance), cette dernière ne peut être une création ex nihilo. L'irréel pur n'existe pas, car toute imagination, et, par là même, toute fiction et toute littérature, se nourrit d'une expérience de la réalité. La fiction est donc pour lui une distillation du réel par l'auteur et la fiction réaliste un tirage du réel – au sens photographique, passant par plusieurs bains d'expérience et donnant un résultat différent à chaque fois – et non une reproduction de la réalité telle qu'elle est. Il a ainsi insisté sur la rareté de l'objectivité en général et a fortiori dans l'univers romanesque. J'ajouterais à cela que le langage et ses applications, la littérature par exemple mais aussi le journalisme, nous manipulent au moins autant que nous les manipulons et qu'il est nécessaire pour tout lecteur de fiction de s'en souvenir. Il n'y a pas de plus grands faussaires que les écrivains (et artistes) réalistes et naturalistes, qui prétendent donner à voir la réalité alors qu'ils proposent un monde et une image construits de toutes pièces.

Il s'est ensuite penché sur la situation de la littérature française contemporaine. Après avoir expliqué au public largement étudiant le phénomène très formaliste et souvent décharné de l'autofiction – avec toutes ses dérives –, il a fait le constat d'un retour en force de la fiction romanesque en France, mouvance dans laquelle son oeuvre s'inscrit, autrement dit d'un retour à de vraies histoires et des personnages ayant bénéficié d'un certain travail de caractérisation. En somme, d'une redécouverte du roman en tant que quête, voire enquête. Selon cette conception à laquelle j'adhère complètement, écrire des romans (ou nouvelles), c'est avant tout vivre par procuration la vie d'autres personnes/personnages, c'est raconter l'histoire d'un autre. Il a par ailleurs remarqué, et les deux phénomènes sont probablement liés, que règne en ce moment en France une certaine absence d'écoles et de courants littéraires définis et que les tentatives actuelles de regroupement d'écrivains dans telle ou telle catégorie émanent toujours des cercles universitaires et sont en fait des créations arbitraires. Il considère également que la littérature et les choix des lecteurs sont beaucoup plus libres qu'avant, comme en témoigne par exemple l'engouement pour certaines littératures étrangères, dont la littérature américaine. Il y voit aussi un certain besoin d'exotisme, de se sortir d'ambiances trop françaises, et a insisté sur la façon dont le nom des lieux, personnages... décrits dans un roman nous influencent.






Der Anime Marathon, von dem ich hier erzählt hatte, fängt morgen an. Ich bin schon ganz aufgeregt und freue mich riesig drauf, vor allem weil ich dieses Jahr die Planung der Yaoi-Nacht (aka Schnuffinacht) und den damit einhergehenden Workshop übernommen habe. Ich gehe jetzt meinen Vortrag weiter vorbereiten und wünsche euch allen ein schönes Wochenende :-).

L'Anime Marathon, dont je vous avais déjà parlé ici, commence demain. Je suis déjà tout excitée et super contente d'y aller, surtout que, cette année, je me suis chargée de la programmation de la Nuit Yaoi ainsi que de l'atelier consacré à ce genre. Il faut d'ailleurs que je retourne continuer à préparer mon exposé sur ce sujet qui me tient tellement à coeur. Je vous souhaite à tous un bon week-end :-).



Tu se' morta, mia vita, ed io respiro?

Vendredi, 25 janvier 2008


Comme vous l'avez sûrement remarqué, chers lecteurs, mon rythme d'écriture (et de lecture) est complètement perturbé ces temps-ci, ce qui me frustre au plus haut point. Cette débacle rédactionnelle est due, entre autres, à un emploi du temps universitaire plus chargé et à la préparation de plusieurs projets – dont mon fameux stage en Suède. J'ai ainsi pris part à un séminaire sur le livret d'opéra qui s'est étalé sur deux week-ends – le deuxième étant en prime couplé à une excursion – et qui, bien que s'étant déroulé dans une ambiance fort sympathique, a accaparé une bonne partie de mon temps et de mon énergie. Pourquoi vous racontai-je cela, vous demandez-vous peut-être ? Et bien parce que, par le plus grand des hasards, ce séminaire m'a amené à faire un exposé sur L'Orfeo de Monteverdi (1567-1643) et à aller en voir une mise en scène à Erfurt que Mo, qui, jusqu'il y a peu, résidait dans cette superbe ville, a aussi vue. Comme elle m'avait demandé de lui faire part de mes impressions sur cet opéra et qu'en plus j'ai plein de choses à en dire, je ne pouvais résister à la tentation d'écrire un billet à ce sujet.

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout l'oeuvre, voici quelques points de repère :
L'Orfeo date de 1607 et est considéré par certains musicologues comme le premier opéra, par d'autres plutôt comme un drame musical. N'étant pas moi-même musicologue, je n'ai pas l'intention de contribuer ici à ce débat et me contenterai, pour des raisons pratiques, de coller à cette oeuvre de transition entre fin Renaissance et début Baroque l'étiquette d'opéra.

Le sujet de cette oeuvre est le mythe d'Orphée – dont il convient de rappeler qu'il existe plusieurs versions – tel qu'il fut adapté par le librettiste Alessandro Striggio le jeune (1573-1630). Après une longue attente accompagnée d'un profond désespoir, Orphée épouse enfin Eurydice mais ce bonheur ne sera que de courte durée, celle-ci succombant bientôt à la morsure d'un serpent. Accablé de douleur mais néanmoins soutenu par une allégorie féminine de l'Espérance, Orphée décide de descendre aux Enfers pour y réclamer sa bien-aimée. Là, il doit d'abord faire face à Charon, le passeur d'âmes, qu'il réussit à endormir grâce à son chant, puis à Proserpine et Pluton. Proserpine, émue par son chagrin intervient en sa faveur auprès de son époux et obtient la libération d'Eurydice. Pluton y met cependant une condition : Orphée ne pourra contempler sa femme qu'une fois revenu à la surface, sous peine de la perdre définitivement s'il se retourne avant. Arrive ce qui doit arriver, Orphée se retourne et Eurydice ne peut quitter les Enfers. De retour au monde, Orphée se lamente sur son sort et jure de se tenir à l'écart des femmes, toutes si fières et vaines – sauf, bien sûr, Eurydice. Apollon, son père, descend alors du ciel pour le persuader de renoncer à ses tourments terrestres et de le suivre, lui promettant qu'Eurydice et lui seront enfin réunis parmi les étoiles.

Les aspects novateurs et importants de cette version du mythe sont l'introduction de l'histoire par une allégorie féminine de la Musique, la présence de l'Espérance en tant que personnage, l'absence de proclamation par Orphée de l'homosexualité comme seul style de vie acceptable – si l'on compare cette version à celle d'Ovide – ainsi que la fin sereine, aussi appelée lieto fine, sans bacchantes pour déchiqueter le héros.

Pour mon exposé, j'avais analysé la représentation des sexes dans le livret en insistant particulièrement sur les rapports étroits entre sexualité/érotisme, pouvoir et rhétorique ainsi que sur l'attitude des personnages féminins et masculins lors des passages d'un lieu à un autre et quelle ne fut pas ma joie de constater que l'interprétation proposée à Erfurt confirmait mes thèses (je ne rentre pas dans les détails, vous me prenez déjà tous suffisamment pour une cinglée ;-)). Autant le dire tout de suite, si la scénographie m'a éblouie et certains aspects de l'orchestration séduite, l'interprétation dans son ensemble ne m'a pas forcément emballée. Le principal problème de cette interprétation réside pour moi dans le fait que les chanteurs et les musiciens étaient très clairement plus habitués à un répertoire classique et romantique que renaissance et baroque. Hors, il s'agit là de mondes musicaux totalement différents et, même si la plupart des chanteurs – à l'exception de celui qui jouait l'un des bergers et Apollon, qui était une vraie catastrophe et ce de l'avis de tous – ont fait un net effort pour éviter de tomber dans le trop lyrique et si certains, comme l'interprète de Proserpine, étaient très bons, elle ne faisait pas le poids par rapport à une version de spécialistes comme celle à laquelle je suis habituée (direction Gabriel Garrido, Victor Torres dans le rôle d'Orphée, enregistrement de 1996, superbe). L'orchestration très libre, faisant appel à certains instruments de prime abord incongrus pour une oeuvre de cette époque (célesta, clarinette, batterie...), était quand à elle très intéressante, même si le jeu était de qualité assez inégale : les trompettes avaient un peu de mal, le célesta, la harpe et les flûtes à bec, par contre, étaient magnifiquement joués.

Si la mise en scène ne m'a pas laissé un souvenir impérissable – je trouve surtout très dommage la tentative de provoquer une portion supplémentaire de compassion pour Orphée chez le spectateur en le faisant se rouler sur le sol et gémir comme un gosse toutes les 30 secondes, ce n'était vraiment pas nécessaire – la scénographie m'a d'autant plus impressionnée. Il faut dire que le Théâtre d'Erfurt dispose d'une scène très spéciale, assez étroite mais profonde et surtout à deux étages, un peu comme un ascenseur (sauf que ce sont ici les étages qui se meuvent et non l'ascenceur/la salle). Ainsi le premier étage représentant le monde des bergers disparaît-il lentement vers le plafond apparent de la salle (construction futuriste en cône tronqué posé sur la tête) pour laisser la place aux Enfers. Cette particularité technique offre quantité de possibilités au metteur en scène et au scénographe, qui en ont ici judicieusement profité pour créer une représentation des Enfers radicalement opposée à celle du monde des bergers. En effet, tandis que ce dernier constitue un espace très aéré et clair – lumière blanche à jaune, panneaux de tissu et de grillage blancs et écrus, costumes dans les mêmes tons – mais géometrique et anguleux, la porte des Enfers consiste en un sas noir placé en haut d'un escalier central et au milieu d'une sorte de grotte en demi-cercles concentriques en (pseudo)pierre grise au rendu assez suréaliste grâce à un éclairage vert. Ajoutez à cela un peu de fumée dégoulinant le long des marches, un Charon tout de cuir noir vêtu – faisait vraiment très gothique avec son manteau style Matrix –, une Proserpine incroyablement sensuelle en robe du soir rouge cramoisi à paillettes, déambulant sur une sorte d'estrade éclairée en rouge violent et vous obtenez une scénographie à l'esthétique fantasy absolument renversante.

En conclusion, la partie visuelle de cette interprétation de L'Orfeo m'a, dans l'ensemble, beaucoup plu tandis que l'aspect musical – malgré l'originalité de l'orchestration – m'a plutôt laissée sur ma faim et parfois même agressé les oreilles (que j'ai sensibles). C'est dommage car j'adore vraiment l'oeuvre de Monteverdi. Mais, que voulez-vous chers lecteurs, comme en littérature et en art, j'ai en musique des goûts et des dégoûts très affirmés et personnels et suis donc assez difficile à satisfaire – mes parents sont musiciens et m'ont fait grandir dans un univers musical classique (au sens large) assez exigeant, ce qui, comme vous pouvez le constater, a laissé des traces ;-).

L'avis de Mo, plus enthousiaste que moi.



Drömfakulteten
Sara Stridsberg
Bonnier pocket 2006
364 s.

Je viens de voir à l'instant sur le site international des éditions Bonnier (Suède) que les éditions Stock avaient acquis les droits pour la traduction française de Drömfakulteten de Sara Stridsberg, roman absolument génial récompensé, à juste titre, par le prix de littérature du Conseil Nordique 2007 et surtout premier livre présenté sur ce blog! Mon billet en suédois se trouve ici, celui en français . Je ne sais malheureusement pas encore quand le livre sortira, mais je vais suivre cela de près et vous tiendrai au courant dès que j'en saurai davantage ;-).

Ich habe gerade auf der internationalen Seite des Bonnier Verlags (Schweden) gesehen, dass der Fischer Verlag die Rechte für die deutsche Übersetzung von Drömfakulteten, den Roman, für den Sara Stridsberg den diesjährigen Literaturpreis des Nordischen Rates Anfang März erhielt. Ich hatte diesen großartigen Roman für einen Kurs gelesen und fand ihn absolut umwerfend. Leider habe ich ihn nur auf schwedisch und auf französisch rezensiert (meine erste Buchrezension überhaupt auf diesem Blog :-)), aber wenn ihr mehr (auf deutsch) über die Autorin und ihr Werk erfahren wollt, dann empfiehlt sich die Lektüre dieses Deutschlandradio-Artikels. Ich weiß leider noch nicht, wann das Buch in Deutschland erscheinen soll, werde euch aber Bescheid sagen, sobald ich es erfahre.

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